La
météo sur les Grisons n’est pas de la partie. Le bulletin
avalanche annonce encore un niveau 3 toutes orientations, nous ne
sommes pas vraiment emballés. Un coup d’œil sur météo des
Vosges… purée de pois pour le weekend ! Un coup d’œil sur
le Vercors ? Il a pas mal neigé, le forum de la GTV (Grande
Traversée du Vercors) est formel : les hauts plateaux sont en
condition. Metéo-Consult donne un créneau de jeudi à dimanche
matin. Juste ce qu’il nous faut pour une exploration en raquettes.
Marc Jonlet est de la partie, nous préparons les sacs biens remplis.
Trois jours en autonomie et sans garantie de trouver de la place dans
les refuges non-gardés. Ce sera donc sac de couchage, réchaud,
nourriture, tente au cas où… et piolet – crampons car nous voulons
faire l’ascension du Grand Veymont. J’en arrive à 23 kilos pour
le départ.
Après
un passage à l’ONF de Saint Agnan en Vercors pour faire le point
sur l’itinéraire et récupérer
les clés d’une cabane qui pourrait nous servir de logement la nuit
de samedi à dimanche, nous parquons la voiture au bout de la route
déneigée. Au-delà, 30cm de neige et nous ne sommes qu’à 800m
d’altitude. Nous montons à la Jasse du Play, passage bien connu de
la GTV et du GR.
Ces 6 heures de marche et 800m de dénivelée nous
conviennent parfaitement pour notre mise en jambes. A l’entrée des
Hauts-Plateaux, les nuages font place au soleil, tout est lumineux.
Les arbres sont chargés de neige à souhait et les traces de skis
nordiques et de raquettes au sol nous montrent que nous ne sommes pas
les premiers sur ce territoire sauvage. Pourtant tout se ressemble et
il s’agit de choisir la bonne direction. Lecture de carte attentive
et boussole combinée à nos GPS en backup : la situation est
sous contrôle. Le refuge est trouvé sans difficulté vers 16h30,
juste à temps pour participer à la corvée bois et allumer le
mini-poêle qui nous donnera le petit plus de confort. Les autres
locataires sont sympas et la soirée se passe à échanger infos et
expérience sur les lieux.
Vendredi
matin, nous prenons la direction du Pas de la Ville au pied du
Veymont. A skis
de rando, il est conseillé d’aborder la première partie de
l’ascension avec prudence et si nécessaire de la gravir à pied.
Marc atteindra l’Agnellerie raquettes au pied. Je chausserai les
crampons à 100 m, ne me sentant pas en sécurité dans mes vieilles
TSL. Au-delà, nous sommes sur les pentes douces mais bien gelées et
nous atteignons le sommet sans difficulté. Au passage, nous croisons
quelques skieurs montés de Gresse en Vercors pour la ballade à la
journée. La vue est fabuleuse,
le ciel est dégagé et l’absence de vent nous laisse le temps de
faire une révision de la géographie alpine : Mont Blanc,
Meige, Aiguilles d’Arve, Obiou sont devant nous. A nos pieds, le
majestueux Mont Aiguille couronné de neige nous dévoile son pilier
sud et sa face nord-ouest avec la voie normale et la tour des
Gémeaux.
La descente sur la face sud du Veymont est
moins rose, la neige est déjà fort ramollie et les raquettes se
tordent dans la soupe. Un groupe nous prévient que la cabane des
Aiguillettes n’a pas de poêle, détail… que nous vérifions
rapidement. La neige a enseveli la cabane. Une tranchée y donne
accès mais une congère s’est installée dans l’entrée et les
deux portes sont bloquées en position ouverte. Il n’est pas encore
trop tard, et nous préférons continuer jusque Pré Peyret plutôt
que de passer la nuit dans ces conditions. Vers 17h00 nous faisons
connaissance avec nos colocataires à nouveau occupés à la corvée
bois. Ils ont de bonnes scies mais se contentent de bois vert. Nous
reprenons les choses en main et une heure plus tard le poêle
ronronne. Le soir, dégustation de poire maison et de diverses
liqueurs de fruits… l’atmosphère se réchauffe. Samedi matin,
nous prenons la direction de Pré Grandu que nous atteignons vers
midi après une splendide traversée des étendues dégagées à
proximité de la Grande Baraque. Cela nous laisse encore l’après
midi pour boucler la boucle. Nous décidons de poursuivre plutôt que
de loger dans cette cabane de l’ONF.
La suite est moins courue et
nous ferons la trace pendant deux bonnes heures avant de trouver
l’entrée du chemin de l’Aiguille qui est annoncé comme éboulé.
Nous sommes en raquettes, il y a beaucoup de neige et nous nous
engageons donc pleine pente à la recherche des traces orange sur les
arbres sensées nous maintenir sur le bon chemin. Ce seront surtout
les traces des bouquetins propriétaires des lieux qui nous amèneront
sur le sentier en balcon qui, progressivement, nous ramènera à la
civilisation. Vers 16h00 nous retrouvons la voiture. Les nuages ont
déjà envahi le ciel mais c’est plein d’images de grandes
étendues, de neige et de soleil que nous reprenons le chemin de la
Belgique. Voila un rêve de longue date qui est réalisé et déjà
l’envie d’y retourner. Peut-être un nouveau ‘plan B’ pour
l’année prochaine lorsque la météo Suisse se montrera à nouveau
capricieuse. Pourquoi pas en skis nordiques à partir du col du
Rousset ?
Ciparisse
Un
lien de référence : des raquettes à neige sont disponibles en prêt dans le matériel du
Club ! rubrique matériel
