PIZZ ROTONDO en ski-alpinisme
6h15 :
« bip-bip ».
Nuit
correcte dans ce sympathique refuge Rotondo situé à 2571 m
d'altitude quelque part au-dessus de Réalp dans les Alpes suisses.
Depuis plusieurs jours, nous « skions » la montagne mais
cette journée m'apparaît comme l'apothéose de la semaine. Hier
soir, le gardien nous a encouragés dans notre projet: belle course
mais assez difficile, pas de trace, elle se termine par 200 m de
couloir à 45 degrés.
Copieux
petit déjeuner, achever les sacs, s'équiper… J'apprécie ces
départs au petit matin, cette ambiance particulière que seuls ceux
qui courent la montagne connaissent. Baudrier, peaux, vérification
des ARVA et nous quittons le refuge endormi mais avec les
encouragements de Benoît et Dominique.
Le
jour se lève, un petit quartier de lune, les dernières étoiles
disparaissent, les frontales ne sont pas nécessaires. Les peaux
crissent sur la neige, les fixations claquent à chaque pas… Nous
n'entendons rien… que notre souffle, notre coeur qui doucement
trouve son rythme sur ce départ en faux plat. La pente se redresse,
quelques conversions, nous progressons en silence jusqu'au col
Witenwasserenpass où les premières lueurs du jour apparaissent.
D'abord, le rose timide puis l'orange feu sur les parois rocheuses,
des milliers de brillants dans la neige. Moment éphémère mais
quelle merveille, je ne m'en lasserai jamais, la montagne dans toute
sa splendeur, sa générosité.
Petite
pause, collation. Nos guides en profitent pour sortir carte,
boussole, altimètre. Nous devons progresser en suivant les courbes
de niveau pour aller rejoindre et contourner un éperon rocheux.
Tantôt en montée, tantôt en descente nous avançons bien. Certains
endroits sont plus exposés, la vigilance reste de mise, « faire
mordre les carres » dans la neige durcie. Pas toujours évident
et je m'offre une chute d'une dizaine de mètres sans mal… sauf
qu'il faudra bien tout remonter!
Nous
atteignons le col sous notre objectif. Pause, collation, nous
examinons la suite. Pas évident d'évaluer l'inclinaison de la pente
du couloir quand on est en dessous. Pas de trace, la neige est
vierge. Personne, nous sommes seuls, la montagne rien que pour nous.
Quelques conversions, quelques traversées, Thierry nous fait la
trace dans la pente jusqu'au pied du couloir. Il est 11h30. Nous
laissons les skis, chaussons les crampons, formons les cordées et
piolet à la main, nous nous engageons dans ce couloir. Progresser
dans cette neige fraîche et profonde n'est pas de tout repos pour
Thierry qui fait la trace, pour Christian… qui corrige un peu ses
marches, mais plus aisé pour moi qui ferme la cordée!
Le
piolet s'enfonce jusqu'à la garde. Nous avançons doucement à cette
altitude – environ 3000 m -, le souffle est un peu court. Le couloir
forme un Y, nous empruntons la branche de droite. Il me semble que la
pente se redresse encore, le couloir est bordé de rochers. La
progression devient plus simple car la neige est bonne, elle porte
mieux. Un petit col puis une vingtaine de mètres sur une arête en
mixte… et le cairn,… le sommet du Pizz Rotondo 3197 m…
belle
vue à 360 degrés, quel paysage… que c'est beau! Ciel parfaitement
bleu, soleil, montagnes environnantes
enneigées… Que du bonheur ! Instant magique. Quelle chance
nous avons de réaliser cela, de bénéficier d'un tel spectacle
après l'effort. Il est 12h30. Il nous a fallu environ 5 heures
depuis le refuge… qui selon le gps de Marc est à 4 km seulement !
Nous devinons nos traces sur le glacier.
l
nous faut quitter ce coin de paradis, cet endroit rempli de sérénité.
Que la montagne est belle… Ici ou ailleurs je sais que j'y
reviendrai.
Je
plonge la première dans la descente du couloir, en marche arrière,
la pente est trop forte. Quelques becquets rocheux permettent un
assurage valable dans la première partie. Ensuite la pente se couche
un peu, le couloir s'élargit et progressivement, nous évoluons face
au vide. Malgré les anti-bottes il faut être vigilant et
« débotter » souvent « comme au bon vieux temps ».
Alors
que nous rejoignons les skis, d'autres groupes arrivent et s'engagent
dans le couloir. Quelle neige auront-ils pour descendre? N'est-ce pas
un peu tard ?
Retour
sur nos traces. Au col, le soleil descend sous une crête lointaine,
les lumières rasantes de cette fin de journée sont extraordinaires.
Dernières
descentes vers le refuge dans une neige légère et agréable à
skier.
Quelle
belle journée nous avons vécue ensemble.
A
quand les prochaines aventures?
Christiane
Blaise (avec Christian, Thierry, Luc, Florent et Marc)
