Du 27 juillet au 1er août, six âmes vaillantes, chaussures aux pieds et sac au dos, ont répondu à l’appel du vide (ou plutôt de l’altitude). Direction le massif des Écrins, ce vaste terrain de jeu vertical où l’on apprend à marcher encordé, à planter un piolet sans décapiter son compagnon de cordée, et à moufler avec dignité.
Jour 0 – La Marmotte veille
Dimanche soir, l’aventure commence au gîte “La Marmotte de la Meije” à Bourg d’Oisans. Accueil chaleureux, bonne tablée, quelques bières pour huiler les cordes vocales et apprendre les prénoms. Les crampons restent dans le sac, mais les histoires fusent déjà : chacun est prêt à affronter la haute montagne. Certains l’ont vue de loin, d’autres l’ont déjà chatouillée du bout des doigts.
Jour 1 – Saint-Christophe et les grosses chaussures
Lundi matin, direction Saint-Christophe-en-Oisans, charmant bout du monde où les routes s’arrêtent et les sentiers commencent. Notre guide Julien Laurence, calme, précis et souriant, nous initie (ou ré-initie) aux bases de l’alpinisme : nœuds, encordement, manips de sécurité.
Pas de panique, tous les participants sont grimpeurs aguerris. Le vocabulaire est familier, les gestes un peu moins dans ces fameuses “grosses” (comprendre : chaussures rigides à faire pleurer vos malléoles). S’ensuivent des exercices d’escalade avec sac, baudrier, et sourire crispé – bienvenue dans l’univers vertical.
Jour 2 – La benne, le glacier et le refuge
Mardi, cap sur La Grave, station mythique où l’on prend une benne pour accéder directement à l’univers glaciaire. Le glacier de la Girose nous accueille, majestueux et un peu craquant sous les crampons.

Exercices du jour : ancrage sur corps mort (pas si fun qu’il n’y paraît) et mouflage, cette technique magique qui permet de hisser un camarade tombé dans une crevasse… à condition d’avoir trois mousquetons, une poulie, du sang-froid et un doctorat en mécanique.
Le soir, refuge de la Selle, perché dans son écrin sauvage. Dîner copieux, rires autour du poêle, et premiers ronflements partagés.

Jour 3 – Le Râteau : réveil brutal, vue magistrale
4h du matin, réveil douloureux. Le café fume, les frontales dansent, et les estomacs cherchent leur dignité. Direction le Rateau, sommet emblématique.

Marche sur glacier, pont de neige à franchir, puis grimpe sur rocher dans une ambiance de plus en plus alpine. Les gestes se précisent, la cordée trouve son rythme, l’air se raréfie.
Au sommet (ou pas loin), souffle coupé – autant par l’altitude que par la beauté des lieux. Retour au refuge en milieu d’après-midi, fourbus mais fiers.

Jour 4 – L’arête des lève-tard (mais pas trop)
Grasse matinée… jusqu’à 5h. L’humour du guide est aussi acéré que ses crampons. Direction l’arête des lève-tard, une belle ligne de rocher mixte, accessible mais sérieuse. L’ambiance est joyeuse, les gestes plus assurés, les relais s’installent presque dans le calme.
Sortie au col de la Lauze, puis redescente sur glacier jusqu’à la benne. La journée se termine les jambes un peu plus lourdes, mais la tête un peu plus légère.

Jour 5 – Autonomie au Pic Bayle
Dernier jour, bouquet final. Première benne à l’Alpe d’Huez, direction le Pic Blanc, puis le Pic Bayle. Objectif : autonomie. Le guide nous suit, discret mais vigilant.
Choix de l’itinéraire, gestion de la progression, décision sur l’encordement – on met en pratique tout ce qu’on a appris. Le sommet s’atteint dans la concentration… et dans la joie.
Panorama à couper le souffle sur les Écrins, la Vanoise, le Mont-Blanc, et retour tranquille vers la benne, des images plein les yeux et quelques quartz dans le sac.

Épilogue – Une mousse bien méritée
Retour au gîte, mousse salvatrice à la main, chacun savoure l’instant. Les corps sont fatigués, les visages tannés, les mains râpées… mais les cœurs sont pleins. On n’est plus tout à fait les mêmes qu’au départ. Plus confiants, plus humbles aussi.
Et surtout : affamés de prochaines aventures.

Philippe Martin pour l’équipe
